Bonjour, si vous lisez ces lignes cest que le monde que je connaissais et que je chérissais tant sest évanoui depuis un bout de temps déjà. En fait le temps que je mette à écrire lesdites lignes. Si vous lisez ces lignes cest que je me suis écarté de la Voie pour jouer mon rôle, un rôle sans véritable influence à grande échelle. Voulez-vous que je vous conte mon histoire ? Allons-y
1er décembre 1906, un des jours que je déteste, ma naissance. Pourquoi ? Ha ! Arrêtez de me faire rire, surtout que vous comprendrez bien plus tard quand vous aurez connaissance de mon histoire, celle de ma funeste vie. Donc je disais, ma mère me mit au monde dans cet endroit miteux qui allait devenir ma maison pendant les 18 prochaines années de ma vie. Elle mit à bas dans sa demeure, loin des regards indiscrets, car voyez-vous, jétais le fruit dune passion interdite. En vérité je découvris ce fait bien plus tard. Accrochez-vous bien je continue. Donc, mes cris emplirent la cave et ma mère me fit taire rapidement, à peine née et déjà battue
Oh ne vous inquiétez point je nen pas vraiment souffert, juste que ceci explique cela, je vous conseillerai juste, avant daller plus loin, de faire attention au moindre détail. Ainsi donc ma vie débuta bien tristement.
Les premiers mois furent tout ce quil y a de plus banal dans la vie dun nouveau né, peu de nourriture pour quil ne grossisse pas, laissé à labandon, sans ami et sans amour pour quil apprenne à se débrouiller tout seul
Non ? Cela ne devait pas se passer ainsi ? Cela aussi je lappris bien plus tard. Bref le plus important pour que vous compreniez bien ma situation est que jeu un départ difficile dans la vie. Pauvres, mes parents neurent jamais le minimum pour me nourrir et se nourrir eux-mêmes et je passais le plus clair de mon temps sans vêtement. Cela ne me posa aucun problème, à ce stade là du moins.
1er décembre 1907, le jour de mes un an ! Quelle joie
Quelle fête
Quelle
Horreur
Pour loccasion, dans ma prison, jeu le droit de fêter un an dhorreur, de terreur, de folie et de fureur refoulée. Pour être franche je ne men souviens pas vraiment, du moins en image. Ce sont les sensations qui sont restées intactes en moi. Mes parents revinrent de leur travail je nai jamais su à quoi ils sadonnaient et me sortirent de la cave pour me montrer la maison. Ce fut ma première fois. Entièrement nue, je passai ma soirée à « découvrir le monde ». Mais mes illusions folles furent vite mises au pas et mes bourreaux me remirent en cellule, ma véritable maison.
1913, jai vachement grandi ! Durant les 6 dernières années de ma vie jappris à parler et marcher mais aussi à écrire et à raisonner. Je navais toujours pas vu le grand extérieur même si mon domaine était passé de la cave à la maison. Mes parents sétaient rendus compte que personne ne risquaient de me découvrir, vu quils empêchaient quiconque de sapprocher de la maison. Pour être positive, je dirai que je vécu, tout simplement, ni plus ni moins. Jusque ici en tout cas
Car cest en cette année 1913 ne me demandez pas la date exacte, je ne saurai le dire que ce monde-ci seffondra autour de moi comme quand on souffle sur un château de carte. Voulez-vous savoir pourquoi ? Êtes-vous prêt à lire dans mes prochaines lignes peur et horreur ? Daccord, prenez place
Avez-vous déjà entendu cette expression : « jai été brisé » ? Oui sûrement, beaucoup adore lutiliser en prétextant des problèmes damour ou encore de santé, à tort bien-sûr
Laissez-moi faire le lien avec mon histoire. Jai été brisée
Ce jour là avait pourtant démarré si bien. Je men rappel encore, javais réussi à détourner lattention de mes geôliers et mon échappée nen fut que plus facile. Je voyais enfin le vrai monde. Javais 7 ans et le monde mappartenait. Enfin la caresse du vent, lodeur de lherbe et de la soupe chaude à lail que le voisin préparait. Tout un panel de sensations qui sajoutait à mes connaissances restreintes. Je me baladais dans le quartier, nimaginant pas un seul instant mon retour dans ma prison, et je voyais dautres personnes. Dailleurs celles-ci me dévisagèrent, en tout cas jétais confiante, ne comprenant pas encore ce que cette expression du visage voulait dire. En effet javais 7 ans, le monde mappartenait mais jétais naïve
Le fait que lon me dévisageait, je men rends compte à présent, venait de ma nudité. Jétais nue comme un ver, naïve et exposée au monde. Ce qui ne tarda pas dattirer du monde
Voyez-vous je marchais tranquillement, mémerveillant devant la beauté surnaturelle dun paysage quant on magrippa. La force avec laquelle je fus tirée me choqua et je ne pus rien faire, du haut de mes 1m20. Tout se passa extrêmement vite, mais quand on les vit les choses paraissent beaucoup plus longues. Cest pourquoi je ferai durer le plaisir, je suis sûr que votre compréhension en sera facilitée. Je disais donc quune force magrippa violemment par la manche et me tira dans une ruelle sombre. Sur le coup jétais étourdie et le décor tournoyait autour de moi à une allure folle jusquà ce que ma vision se stabilise sur deux têtes. Ce nétaient pas mes parents. Même ceux qui mavaient engendré ne mavaient jamais bousculé autant. Leurs yeux étaient noirs, leurs cheveux noirs, leurs habits noirs, même leurs peaux mattes rappelaient cette couleur sombre. Dans leur regard, je ne décelais quelque chose deffrayant, comment voulez-vous quà 7 ans je fasse la différence entre lueur de désir, folie et sadisme ? Comment voulez-vous quà 7 ans, pratiquement sans éducation, jarrive à distinguer bien et mal ? Ces personnes, dinstinct, ne minspiraient pas confiance, cest indéniable, surtout par leurs apparences, mais que pouvais-je faire ? Crier ? Personne ne serait venu
Me débattre ? A quoi bon
Linstinct me disait quoi faire mais mon intellect me remettait de suite à ma place. Alors que je voyais leurs horrifiants visages et que ma raison me délaissait, jabandonnai tout espoir
Jétais piégée
Une chose humide me chatouilla le pied mais alors que je regardais pour constater que cétait tout simplement la langue du premier homme, je sentis une main dans mon dos. La langue montait, la main descendait
Alors que la raison mavait abandonné lâchement, je labandonnai à mon tour. Jessayai en vain de me débattre, mes cris retentirent une demi-seconde avant dêtres étouffés par un gros morceau de chiffon sale sentant lessence. Jétais tout bonnement impuissante. Et alors que la langue et la main continuaient leurs chemins, je versai des larmes. Pour la première fois de ce que je puis me souvenir, ce fut la première fois et lavant-dernière dailleurs. Les larmes coulèrent toutes seules, dabord à cause de limpuissance et du désespoir puis de la douleur et de la souffrance. Car oui, après lexcursion des deux membres sur mon corps gênante mais point douloureuse ce fut autour de choses bien plus terribles de faire connaissance avec mon frêle corps. Dans une radicale opposition ce qui sensuivit vint à lintérieur et cela fit mal
Très mal
Le chiffon ne suffisait plus à retenir mes cris, une main se plaqua sur ma bouche. Et pourtant, javais limpression que lon me déchirait. Lintérieur de mon corps était en feu, je ne savais plus comment respirer, toutes mes fonctions vitales mabandonnaient, comme lavait fait ma raison et mon espoir plus tôt. Jappréhendais chaque à-coup, source dinfinie souffrance, et cette vague arrivait à chaque fois. Et alors que je pensais quitter la vie, tout sarrêta. Le temps était une notion qui métait totalement étrangère en cet instant, je ne savais pas depuis combien de temps la torture sétait arrêtée, je ne savais du tout depuis combien de temps jétais allongée là. Dailleurs
Je ne savais pas où jétais ni si jétais allongée ou assise ni même si je vivais encore
25 décembre 1916, 3 années ont passé depuis ma première défaite face au monde. Je ne peux pas dire que cela ne maffecta pas. Ces 3 années ne furent que partagées entre lit, sol et gamelle
3 années de nouveau enfermée dans ma cave, que je voyais désormais comme mon refuge, ma forteresse. Je me nourrissais par instinct, je mallongeais sur le sol froid et je dormais. En réalité je dormais très peu, mes songes habités par des coquemars, lutins diaboliques me faisant revivre mon passé à linfini. Mais ces 3 ans me furent bénéfiques après mon traumatisme. Je me remis enfin. Et cest en ce jour de fête, le 25 décembre 1916, que je refis mon apparition dans la maison. Mes parents, qui mavaient retrouvé presque morte à deux pas de la maison, montrèrent pour la première fois dans ma pathétique existence une forme damour. Ils étaient contents, contents de mon rétablissement. Ils moffrirent des habits, choses que je leur avais demandé, et du papier avec de lencre. Ils pensaient quécrire me permettrait de mévader, doublier ou encore de passer le temps. Et pour une fois, jétais en accord avec eux. Je commençai à écrire au lieu de rester allongé à ne rien faire, et une passion pour cet art naquit en moi.
1921, aucun point de comparaison avec la petite fille qui mettait pour la première fois dehors le bout de son nez riquiqui. Javais alors 15 ans et ladolescence fit de moi une fille dune beauté parfaite. Même si à ce stade de mon histoire ce nest pas cela qui nous intéresse mais plutôt le développement de ma passion pendant 5 longues années. Javais subit une évolution radicale, jétais autodidacte bien-sûr car avec lécriture vint la culture. Japprenais tout moi-même et au fur et à mesure jenrichissais mes écrits. Jappris à écrire au passé, au futur, de la vie, de la mort, de la douleur, des gens, des sentiments mais le sujet qui me fascinait le plus restait « le moi ». Mon style dailleurs se portait de plus en plus vers lécriture à la première personne et en particulier vers la retranscription de faits réels de ma vie. Bien sûr larrivée de la connaissance chassa de moi mes défauts de petite fille et je sortis de plus en plus même si mes parents trouvèrent ça déraisonnable, surtout ma mère. Je me promenais ainsi des heures durant, écrivant sous un arbre, à lombre, minspirant des éléments qui mentouraient. Le contact des gens meffraya un peu au début mais jappris beaucoup des autres en cette période.
1922, aucun point de comparaison avec la fille simple, écrivaine que je décrivais au chapitre précédent. 1 an, une simple année pour passer du tout au tout. Oh je vous avouerai moi-même que je ne savais pas vraiment ce que je faisais, cétait plus au début un caprice de jeune femme. Javais 16 ans et on mavoua doù je venais. Non pas quon répondait enfin à mes questions existentielles du style « Doù est-ce quon vient ? » et « Pourquoi vit-on ? ». Non on mavoua doù je venais réellement. Cela impliquait que mes parents nétaient pas mes parents, ou du moins pas en entier
Ce qui paraissait beaucoup plus grave à mes yeux. Tout arriva un soir, mes parents rentrèrent du boulot, mais pas comme à leur habitude. Ils étaient énervés lun contre lautre. Mon père accusait ma mère de quelque chose. Je ny prêta aucune attention au début, cela ne mintéressait pas et ne me touchait pas. Je me disais simplement que ça devait sûrement arriver dans les couples. Je métais même préparée à leur séparation, cest vous dire ! Mais tout ne se passa pas ainsi
Ils criaient, jentendais. Ils criaient et je finis pas écouter. Mon père accusait bien ma mère, de tromperie pour être précise. Cela me choqua un peu, sans plus. Ce qui me dérangeait cétait les cris, je narrivais plus à me concentrer sur ma page qui restait indéfiniment blanche. Je finis par monter voir et leur dire de se calmer. Et alors que jentrai dans la pièce une phrase résonna dans mes oreilles et retentit en écho dans mon esprit.
" Ce nest pas ta fille ! "
Je mavançai dans le salon précaire et gifla ma mère. Ce fut le geste que je regrettai souvent et pendant longtemps, mais dautres raisons. Je quittai ainsi la maison, 2 ans plus tôt que ce que je pensais au départ, incertaine sur mes origines, en plein doute sur mes fondements. Tout ce qui constituait ma vie, je le quittai, je voulais passer à autre chose, ce fut fait rapidement. Jabandonnai lécriture, mon ancienne passion, pour revenir sur un fait que lon ma fait souvent remarquer : jétais dune beauté rare
Et les deux années qui suivirent furent basé sur mon profit personnel grâce à cet atout.
1923-1924, décadence totale. Ce pensaient les autres de moi ? Pff je men fichais comme dune guigne ! Pourquoi jagissais ainsi ? Il y aurait beaucoup à dire je pense, et je manalyse enfin après avoir analysé tant monde par lécriture. Tout dabord mon entrée dans ce monde ne fut pas facile économiquement. Ensuite lamour na jamais vraiment existé pour moi. Jai vécu une expérience qui ma brisé intérieurement. Javais coupé les ponts avec mes racines. En gros jétais une adolescente capricieuse. Je voulais compenser mon ancienne pauvreté par beaucoup dargent, je navais jamais été entourée damour donc je ne savais pas reconnaître le bon et jen cherchais un en permanence, mon viol ma enlevé une part de moi-même dont aucun homme ne semparerait à nouveau et je ne risquais pas de ternir une quelconque réputation car je venais de nulle part et jallais partout. Jétais provocante, sexy et rusée, je sus tirer parti de mes avantages pour démarrer ma nouvelle vie. Cela commença par un vieux bourgeois qui tomba amoureux de moi au premier regard. Il moffrit tellement de choses que je ne commencerai pas à les énumérer ici. Nous nous mariâmes et je le tuai au lit peu de temps après. Il mourut en plein effort
Le pauvre
Nempêche quavec lhéritage ma vie sembla beaucoup plus facile, que ce soit dans lobtention de ce que je voulais ou dans mes recherches dhommes. Je réussi à participer à divers festivals de riches ou bals où je ne pouvais que paraître resplendissante dans toutes mes robes somptueuses qui mettaient en valeur mes voluptueuses formes. Et ainsi de fêtes en fêtes, dhommes en hommes, dhéritages en héritages je mépanouissais. Vous vous demandez à coup sûr pourquoi je narrêtais pas alors que je devais avoir amasser une sacrée fortune, nest-ce pas ? Pour vous répondre franchement, je crois que ce mode de vie me plaisait purement et simplement, il ne fallait pas aller chercher plus loin. Jadorais draguer en finesse, de telle manière que ce soit les hommes, même mariés, qui me draguent. Jadorais faire lamour, ce que mes compagnons moffraient à chaque fois. Et par-dessus tout jadorais boucler le cercle, jeter ma précédente proie pour mintéresser à une nouvelle. Et le jeu continuait ainsi. Deux ans oui, deux ans
Comme je le disais au début, une pure décadence.
1924, et plus précisément le 19 septembre 1924, mon histoire nous conduit dans une période de ma vie que jai à la fois adoré et détesté. En ce temps là mon statut social en faisait pâlir denvie plus dune et jadorais ça. Le maire de la ville de Kyoto mavait pris pour épouse. Pas mal hein ! En vérité javais déjà tellement dargent que jétais avec ce vieux débris juste pour le statut et tout ce quil avait à moffrir. Je passais mes soirées dans des galas où je rencontrais des personnes aussi intelligentes et riches que moi. Cela faisais des mois que je navais plus changé de mari et beaucoup pensaient que je marrêterais là
En vérité je ne savais pas trop, il me semblait à cette époque avoir épuisé toutes les ressources potables du japon en homme riche, beau et intelligent. A tort
Cette soirée du 19 septembre 1924 fut différente de toutes les précédentes. Bon jadmets que je début fut plus quharassant, toujours le même gratin papotant autour des mêmes sujets, rabâchant les mêmes potins et voulant faire la bise à lintégralité des invités. Alors que monsieur le maire me conduisait avec fierté à la rencontre dun de ses collègues, il me semble, je me figeai sur place, le cur palpitant et la respiration coupée. Je me dégageai sans ménagement de létreinte de mon futur ex-mari et me fraya un passage dans la foule, rejoignant ainsi 5 minutes plus tard celui qui avait réussi à capter mon attention. Il dégageait une aura dautorité mélangé à une grande force morale et physique, dû sûrement à sa jeunesse. Quand il se retourna pour me faire face, il planta son regard dans le miens et nous restâmes ainsi un petit moment, juste le temps de vous le décrire. Beau visage aux traits fins encadré par deux mèches de ses cheveux noirs qui cascadaient aussi sur ses épaules, yeux dun bleu-gris captivant, carrure dathlète, peau blanche limite pâle. Un corps dApollon et qui plus est riche ! Oui car sil était présent cest quil devait au moins être riche ! Nous passâmes le reste de la soirée ensemble et quand monsieur le maire revint avec son collègue je lui dis ne plus vouloir profiter du statut et de largent quil moffrait. Mon nouveau prince était ce bel étalon, actionnaire, dirigeant dune grosse compagnie : Yuu Kini.
1925, année de pur bonheur, cela faisait longtemps que je ne métais pas sentie aussi bien. Durant mes années de libertinages javais parfois ressenti des moments de vides et jétais en général plutôt déprimée mais là
Cétait lextase ! Cet homme maimait et je laimais ! Il mapportait tellement de bonheur et damour que je ne savais pas comment lui renvoyer la pareille. Durant presque un an je neu dyeux que pour lui et lui seul comptait vraiment. Il était tout et sans lui je nétais rien. Je laimais ! Jusquà ce que lon décide de se marier
24 août 1925, jour du mariage, jétais dans une robe cousue sur mesure pour moi, noire avec des dentelles rouges, longue et un peu bouffante, elle traînait loin derrière moi. Je me trouvais si belle et lui aussi dailleurs dans son costume hors de prix noir avec des lignes blanches. Journée si merveilleuse.
1925-1930, tout commença à se dégrader. Enfin pas vraiment. Je me réfugiai de nouveau dans la décadence. Je repris mon libertinage mais dune autre façon. Alors quavant je passais dhommes en hommes en me mariant avec, là je continuais daimer et de moccuper de mon cher mari tout en ayant diverses relations avec dautres hommes. Je ne sais pas pourquoi, ne me demandez pas, juste que je my retrouvais très bien ainsi
Et cest ainsi que notre mariage dura. Je moccupais de mon mari toujours plus absent, absorbé par son travail de businessman et jallais coucher avec dautres ailleurs. Kini ne se rendit jamais compte, enfin au début je crois. Puis la crise arriva, elle traversa les mers et toucha le monde entier y comprit le business de Kini. Il dormit de moins en moins, cherchant des solutions, heureusement que javais des fonds sinon nous nous serions sûrement retrouvés à la rue. Mais Kini devint presque fou, il supportait mal la situation
A moins que ce soit à cause de mes relations
? Allez savoir, sûrement les deux à la fois ...
13 juin 1930, le premier jour du reste de ma vie
Il était tard et je rentrais dune de mes soirées arrosées où javais fricoté avec un homme, nous étions rentrés chez lui et il mavait fait lamour. Bref javais but plus que de coutume. Je poussai la porte, et le regard que je vis me glaça les sangs
Kini était assit en face de moi, dans fauteuil en guise de trône, et il me regardait avec ce regard qui lui était propre, un regard meurtrier quil me réservait quand nous faisions lamour. Or, ici cest peu à propos
Il me tua
Ha je vous ai bien eu ! Non il ne me tua pas, pas de suite du moins, mais son regard était si pénétrant
Ses yeux mavaient toujours fasciné. Le verre de vin quil tenait se brisa net quand il ferma le poing et quand il se leva je ne me rendis même pas compte quil avait en fait déjà traversé la pièce. Je pense que jaurai pu me débattre
Mais à quoi bon ? Javais déjà vécu bien pire dans le genre
Cest ce que je pensais, mais peu après je regrettai déjà
Il me tira au milieu de la pièce et me ligota étroitement. De toute façon je naurai pas bougé, cest comme si je ne pouvais plus penser. Jaccueillais presque ce qui marrivait comme une banalité. Pourquoi aurais-je résisté ? Il était en droit de faire ce quil faisait, je ne lempêchai pas. En fait, ce quil me fit était pire que tout ce que javais connu, et pourtant il ne mhumilia pas une seule fois. Mais lair dégouté quaffichait le si beau visage de lhomme que jaimais, sa brutalité, les blessures quil minfligeait, ce que je métais infligé à moi-même durant toutes ces années, surtout les 5 dernières
Bref, mon cerveau se déconnecta et je ne fis quemmagasiner la douleur, si intense, une véritable torture que mon amour me faisait vivre
Mais pouvais-je lappeler encore ainsi ? Non, bien-sûr que non. Le couteau quil tenait me coupait, me déchirait, me lacérait. Il sembla perdre la raison puis, après quelques heures il revint à lui. Jouvris les yeux et je compris que je le regardais pour la dernière fois
Il pleurait, rendant son visage encore plus beau même si la situation ne se prêtait pas vraiment à ce genre démerveillement. Il leva le couteau un peu plus haut que dhabitude. Ses yeux cherchaient une explication dans mon regard, il voulait comprendre. Jaurai tellement voulut lui dire que jétais désolée, quil ny avait rien à comprendre, que je laimais. Mais il devait le faire, je devais arrêter de le faire souffrir. Il abattit son arme en un éclair, le même qui me suffit à penser : quy aura-t-il
Après ? Trop tard, jétais morte.
Alors pourquoi étais-je encore ici ?!? Kini mavait planté le couteau dans le cur, enfonçant même un pue de la garde. Comment avais-je survécu ? La réponse était toute simple en fait. Je navais pas survécu ! Mon corps était sous Kini, moi jétais là, presque inconsistant, suspendu dans les airs au-dessus de la scène macabre. Javais supporté ma mort en silence, je ne pouvais pas continuer. Je me ruai vers celui que jaimais tant en criant. Je le traversai. Je quittai par la même occasion la maison, jerrai ainsi sous cette forme peu de temps car un homme en robe noire vint à ma rencontre et menvoya dans un autre monde, soi-disant meilleurs. Je demandai à voir
1er décembre 1936, je ne sais pas si on peut encore parler dâge mais jaurai normalement dû avoir 30 ans. Cétait mon premier jour en tant que shinigami, désolé davoir sauté une bonne partie de lhistoire mais je déteste écrire quelque chose de barbant. Car oui, en effet, les six premières années de ma mort furent dun ennui
Monumental ! Jétais entré à lacadémie très tôt où javais suivi un enseignement pour porter la robe noire. Mon internement dura 5 ans vu mon talent. Je me vis confier très vite mes armes et une division, je ne me rappel même plus laquelle. Pourquoi avoir agit ainsi ? Encore une fois, vous allez vous dire que je suis ignorante, je nen sais strictement rien. Au début pour moccuper car la « vie » dun mort est dune normalité écurante, le premier qui me sort « mais quest-ce que la normalité ? » je le lincarcère et je le torture de mes propres mains. Ha oui voilà ! Ma division était la 9ème car je moccupais des prisons de la Soul Society. En vérité pas vraiment, jy travaillais pour être plus précise et je moccupais de ses prisonniers
Le shikai fut à ma portée très rapidement, ce qui contribua à mon habilité dans mon métier. Je devais faire parler les gens et je peux vous assurer quils parlaient, ils me dévoilaient tout, même ce dont je navais strictement rien à faire ! Jeffectuais ma tâche ardeur mais ne croyez pas que jy prenais goût. Dune certaine façon javais connu cette torture durant ma vie : violée, humiliée, torturée, violentée
Sans avoir connu ça comment aurai-je pu faire mon travail aussi bien ? Je me le demandais moi-même.
1er décembre 1944, je reçois lordre de quitter le Seireitei ainsi que la Soul Society. Pourquoi ? Attendez, attendez, laissez-moi le temps de vous expliquer, 9 ans cest long ! Tout dabord comme je le disais dans le paragraphe précédent jexerçais un métier peu répandu, ce qui expliquait sûrement ma solitude. Je compensai donc en mentraînant. Quand je ne travaillais pas je mentraînais et quand je travaillais je devais utiliser mes pouvoirs, ce qui me servait dentraînement par la même occasion. Jacquis ainsi le bankai en 7 ans exactement, mais cela, je le savais, ne me suffirai pas. Je my donc à la recherche dans la bibliothèque dun moyen de devenir plus fort pour un shinigami. Un livre mindiqua un moyen prohibé pour le devenir, jétudiai de plus belle des arts noirs et mystérieux. Finalement je suivis les instructions et me retrouva embarqué au plus profond de mon être
Je me tenais là, au bord dun précipice si profond que le fond était plongé dans les ténèbres, face à un immense château. Il était planté là, au milieu du grand cercle formé par le bord du gouffre sans fond, comme émergeant de nulle part, il semblait taillé dans la roche, un fin pont enjambait le vide et rejoignait mon côté. Jétais vêtu dune robe, semblable à celle que javais portée pour mon mariage avec Kini, mais intégralement blanche. Je me sentais bizarre dans cette robe, elle mavait été allouée sans que je le veuille et jaurai préférée garder mes vêtements de dhabitude. Tout était différent de ce que javais lu. Au lieu dun monde intérieur sobre et sans connotation je me retrouvais près dun château et apparemment je devais débrouiller toute seule sans arme alors que ma lecture mavait appris quil me fallait vaincre le hollow qui mhabitait avant quil ne prenne possession de mon corps. Mais là, personne ! Je traversai le pont si long et si fin pour rejoindre létrange château. Il était somptueux mais peu décoré. Quelques fresques par-ci par-là, des portraits ailleurs, de lourds rideaux rouges plongeant les pièces dans la pénombre. Mes pas résonnaient et se faisaient échos dans les couloirs vides, me prouvant encore une fois ma solitude. Je marchais et marchais encore. Je tournai à un coin et arrivai à une terrasse qui menait à une petite porte en bois sombre, elle était différente. A peine entrée la porte claqua derrière moi. Aucune fenêtre et dans la lumière tamisée je naperçus que les contours indistincts dun canapé et dune porte dans le fond de la salle. Jentrai. Elle aussi était grande et vide, j'avais une étrange impression. Tout ceci était peu naturel. Quel sens de la déduction me narguerez-vous ! Cette solitude, ce silence, cette lumière, cette impression ... Tout ceci me faisait froid dans le dos. Et pourtant je transpirai, oui je transpirai malgré l'air glacial. Une main me parcourut le dos, cette main ne me paraissait pas étrangère ... Quelqu'un était présent, c'était sûr. Je fis le tour de la pièce dans l'espoir de me rassurer, mais rien. Était-ce mon imagination ? Sur cette pensée je me figeai ... Quelquun venait de menlacer, je sens encore sa respiration glaciale sur ma nuque. Cela ne pouvait être possible
Cette personne ne pouvait être là ! Cétait mon monde ! Personne ne devait être là à part
Mes yeux sécarquillèrent
« Tu as compris ! Bien bien ! Tu nes pas si stupide que ton apparence le suggère
»
Cette voix
Je men souviendrai toute ma vie ! Une voix de femme. Elle était si douce, si lente, et en même temps si glaciale, si provocante et si agressive. Je ne savais pas quoi faire, les livres ne mavaient rien appris sur la façon dont il fallait procéder. Moi jestimais quun combat ferait laffaire, mais jétais désarmée et mon intuition me disait que ce nétait pas la manière de faire. Alors quoi faire ? Quai-je fait, me demanderiez vous. Jai agit par instinct tout simplement. En me retournant jinvoquai mon zanpakuto en espérant quil réponde à mon appel de détresse. Cest dailleurs avec soulagement que je le vis apparaître entre mes mains. Sans réfléchir jembrochai la personne qui se tenait devant moi. Mon reflet ! Oui, le miroir ne contenait plus rien et mon reflet était sorti. Cétait donc lui ! Étrangement aucun giclement, aucune éclaboussure, aucune marre ou flaque de sang. Un tremblement assourdissant avait laissé place à mon double psychotique. Là encore jagis par instinct et me rua dans les couloirs du château, cherchant une sortie, nimporte laquelle. Mon action allait démolir mon intérieur ?! Cela me paraissait vraiment inquiétant
Non ! Je me souvins alors de ce que javais lu dans un bouquin : mon monde commencerait à se dégrader quand mon hollow intérieur, je présumais quen loccurrence cétait mon reflet, prendrait le dessus sur moi. Quavais-je fait ?? Au loin japerçus un point de lumière blanche. La sortie ! Lair me caressa les cheveux, les faisant onduler à lair libre, comme des rayons de soleil dorés. Je me sentis beaucoup moins oppressée tout dun coup. Mais le problème nétait pas réglé, je devais agir, et vite. Au bout du long pont de pierre par lequel jétais arrivée se tenait mon moi identique. Enfin pas tout à fait
Contour des yeux noirs, peau beaucoup plus blanche, robe noire. Des différences flagrantes tout de même qui donnaient une impression de négatif. Elle ouvrit la bouche :
« Tas gagné ! Je te laisse pour le moment, nous lierons nos forces car moi aussi jai besoin dassouvir notre vengeance. Je reviendrai peut-être plus tard ».
Et alors que je me lançai sur le gigantesque pont, mon reflet se jeta du haut de celui-ci. Je neu pas le temps de tout comprendre, je me retrouvai déjà dans la Soul Society, le regard braqué sur le plafond, dans le noir. De puissantes mains mempoignèrent et 1 ou 2 jours après on me donne lordre de quitter la Soul Society, le 1er décembre 1944 pour être plus précise. Je ne rechignai pas cet ordre.
25 décembre 1944, la traque a été ardue. Pour retrouver mon meurtrier il mavait fallut 24 jours. Durant cette soirée jeu diverses insatisfactions et satisfactions. Dabord jétais énervée davoir mis tant de temps à le retrouver mais cela ne métonna point car il avait dû apprendre à bien se cacher depuis mon assassinat. Mais je fus heureuse de le voir seul en ce jour de fête. Aucun compagnon, aucun ami. Seul, il était absolument seul ! Mon pied se posa sur sa fenêtre et pendant un moment je me demandai sil me verrait ou pas
Dans les deux cas cela mexcita. Mon regard parcourut la chambre avant de sarrêter sur la silhouette endormie dans un coin de la pièce dans un luxueux lit. Dun pas souple et sans bruit je me déplaçai et vint me positionner au-dessus du dormeur. Mon visage à quelques millimètres seulement du sien, ses yeux frémirent puis souvrirent. Et alors là je ne vous raconte pas la crise de panique ! Il froissa les draps et se recroquevilla le plus loin possible de moi. Pathétique
Je restais immobile sur la monture en bois au pied du lit, le toisant de ma hauteur. Dans mon esprit javais mille paroles à lui adresser mais ma bouche repoussa tous les assauts de mon esprit. Lui navait pas daigné ouvrir la bouche ! Pour combler le silence une main commença à dégainer lun des deux tantôs accrochés dans le bas de mon dos. Une note métallique vibra en lair. Je pointai le visage de lhomme de 42 ans de ma lame. Il frémit. Ma deuxième main fit comme la première, dégainant le second sabre court. Je rattrapai souplement sur le matelas pour mapprocher doucement de mon ex-mari. Je lu dans son regard une peur sans borne. Se demandait-il ce qui allait lui arriver ? Se demandait-il ce que je faisais là ? En vérité je pense plutôt quil sattendait à me revoir avant la fin de sa vie. Et il sétait préparé, il ne bronchait plus depuis que leffet de surprise sétait dissipé. Il avait lui aussi accepté. Alors pourquoi jattendais pour assouvir ma vengeance ? Quest-ce qui me retenait ? Rien.
« Fais le hurler, Kyu »
Et ses cris retentirent toute la nuit. Tous exprimant une douleur et une souffrance infinie. Tous témoignant de mon habileté. Aucun nétait retenu, aucun nétait faux. Il souffrait mille tortures et je garderai secret ce que je lui fis endurer cette nuit là. Puis laube vint.
« Tue-le, Shi »
Les cris cessèrent, le soleil irradia et inonda le monde sa lumière, apportant espoir aux un et bonheur aux autres. Kini ne fit pas exception à la règle. Avec le soleil, sa mort vint, lui apportant la bénédiction de larrêt de son calvaire. Voilà la deuxième fois où mes yeux sempreignirent de larmes, quand je quittai la chambre jétais secouée de violents sanglots et il me fallut plusieurs jours pour récupérer de la séance de torture que javais donnée.
Aujourdhui, enfin jy arrive. La vie que jai menée depuis est tout ce quil y a de plus banal. Permettez-moi dabréger car jimagine que mon envie détaler ma vie était peu compatible avec votre envie de lire le minimum. Je disais donc que ma vie était plus tranquille, mon hollow intérieur ne sétant plus remontré. Je pense quil repose en paix maintenant ma vengeance accomplie. Pourtant je lai énormément utilisé durant la Grande Guerre. Enfin bref voilà maintenant je mène une vie sans encombrement en me demandant ce quil est advenu de Kini ou ce quil adviendra du monde. Moi qui me suis beaucoup étalé ici en guise dintroduction, permettez-moi de vous transmettre mes prochains textes, relatant ma vie daujourdhui, à bientôt !














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